Jeunes Générations Portfolio 1 #04

Lola ReboudMarie-Noëlle BoutinGuillaume HerbautPablo Boquedano, Night clubs, Cnap 2017Gilles CoulonMyr MuraretAlexandra PouzetGeraldine MilloMyr MuraretKlavdij Sluban, Jeunesse invisible, Cnap 2017Patrice TerrazYohanne Lamoulère, "Des histoires d'amour à Marseille. Le mythe de Gyptis et Protis", Cnap, 2017

Pour ce nouveau numéro d’avril, Young Photography Now! publie dans sa Galerie les Portfolios de la commande photographique publique « Jeunes générations » – CNAP – CéTàVOIR des 15 photographes lauréats, actuellement exposés dans 8 lieux en France. YP! Magazine en a interviewé cinq d’entre eux pour accompagner leurs images et expliquer leurs démarches auprès des jeunes sur ce projet de photographie documentaire exceptionnel. Retrouvez ici les focus sur Yohanne Lamoulère et Marie-Noëlle Boutin.

PORTFOLIOS 1 « JEUNES GENERATIONS »

1 COMMANDE PUBLIQUE 
15 PHOTOGRAPHES
8 EXPOSITIONS
1 PUBLICATION > en librairie le 4 mai

En octobre 2016, une commande photographique nationale a été lancée par le ministère de la Culture et de la Communication et pilotée par le Centre national des arts plastiques (Cnap) en collaboration avec l’association CéTàVOIR, sur le thème de « La jeunesse en France ». Quinze photographes auteurs évoluant dans le champ de l’image fixe documentaire ont été sélectionnés. Les photographies réalisées constituent un exceptionnel corpus documentaire, représentatif à la fois de la diversité des territoires et de la vitalité de la création contemporaine.

« Jeunes générations » met en lumière les acteurs d’un monde en devenir, que ce soit à travers leurs pratiques culturelles ou leur préparation à la vie. Au printemps 2017, huit expositions permettront au plus grand nombre de découvrir ce projet. Le ministère de la Culture et de la Communication présente sur ses façades une sélection de clichés issus des séries réalisées par les 15 photographes : Pablo Baquedano, Marie-Noëlle Boutin, Gilles Coulon, Chimène Denneulin, Claudine Doury, Gabrielle Duplantier, Guillaume Herbaut, Yohanne Lamoulère, Stéphane Lavoué, Géraldine Millo, Myr Muratet, Alexandra Pouzet et Bruno Almosnino, Lola Reboud, Klavdij Sluban, Patrice Terraz. 

Une autre sélection sera présentée dans les gares de Bordeaux, Lille, Marseille, Paris – Gare de Lyon et Strasbourg, grâce à l’engagement exceptionnel de SNCF Gares & Connexions.

Les tirages photographiques de cette commande publique seront exposés à la Villa Pérochon – Centre d’art contemporain photographique de Niort du 23 mars au 13 mai 2017 puis présentés dans le cadre du festival ImageSingulières de Sète du 24 mai au 11 juin 2017.

Cette commande publique fera enfin l’objet de la publication d’un ouvrage qui sera disponible en librairie à compter du 4 mai 2017.

→ Ecoutez les interviews de Patrick Delat et Patrice Terraz dans Regardez voir sur France Inter, émission du 9 avril 2017.

INTERVIEWS

Yohanne LAMOULERE

« Des histoires d’amour à Marseille – Le mythe de Gyptis et Protis »

Yohanne Lamoulère, Série « Des histoires d’amour à Marseille. Le mythe de Gyptis et Protis », Cnap, 2017

Le mariage de Gyptis et Protis symboliserait l’alliance de deux peuples. Pour le phocéen quittant sa terre natale, il faut croire à des mythes pour avoir le courage de partir et de peut-être trouver amour et postérité. Aujourd’hui, la relation amoureuse peut-elle constituer le socle qui nous retient vertical sur terre ? Les jeunes, aspirés par le tumulte du monde, se réfugient-ils dans ces douces promesses ? Le mythe s’inscrit dans l’image de terre d’accueil et de métissage que représente Marseille. Dans l’inconscient collectif, la ville apparaît comme une terre promise, un lieu où « n’importe qui, de n’importe quelle couleur, pouvait descendre d’un bateau et se fondre dans le flot des autres hommes ».
http://yohanne.lamoulere.book.picturetank.com/

– YP! Magazine : Comment avez vous monté votre projet de série « Des histoires d’amour à Marseille – Le Mythe de Gyptis et Protis » ?

Y. Lamoulène: L’amour, c’était prendre le contre pied de ce que j’avais déjà fait à Marseille, c’était choisir comme terrain d’étude la substance, et finalement ce qui m’intrigue le plus dans cette société. J’ai décidé de faire tout ce qui me passait par la tête, d’accumuler les photographies – ce travail reprend des idées assez anciennes (par exemple le garçon en tutu), et des envies beaucoup plus immédiates, hasardeuses, marcher dans les rues et chercher des personnages. J’avais également des idées de lieux, précis ou métaphoriques, cinémas, centres commerciaux, terrains vagues… J’ai alterné mise en scène et documentaire, rendez-vous et balades dans mon quartier.

– Comment avez vous travaillé avec les jeunes?

Y.L.: Quand je travaille dans la rue, j’explique succinctement mon projet et je photographie les gens, mais je leur parle toujours avant. Quand la rencontre se fait, nous pouvons passer plus de temps ensemble. Pour les images que j’ai mis en scène, comme le tutu, le cinéma ou la scène du téléphone portable, j’ai choisi des personnages qui correspondaient à mon propos. Je peux aussi passer du temps dans un lieu clos, comme une institution, ou le seuil de la prison des Baumettes, et y passer du temps, épuiser l’espace.

– Que pensez-vous de la jeunesse en France et quel message souhaitez vous faire passer dans votre série?

Y.L.: Je pense toute sorte de choses de la jeunesse marseillaise, ça dépend de mon état d’esprit, il n’y a pas de généralité possible. J’aime le côté ingouvernable de la ville et des gens qui l’habitent, ce mélange d’impudence et de douce candeur.

« Mais ce qui est beau à photographier, c’est la fragilité. Je ne crois pas avoir de message à passer, simplement que la société française est multiple, et que nous en sommes un des éléments. »

– Qu’est ce que la photographie peut apporter aux jeunes?

Y. L.: Le moment de la prise de vue est une sorte de thérapie. Nous nous faisons face (avec le Rolleiflex, je n’ai rien devant le visage), et notre langage commun devient celui des corps, mutique. C’est le plaisir primaire de se tenir droit sur terre, vivant. Ce moment précis apporte la tension. Ensuite il n’y a pas le plaisir immédiat de se voir beau, parce que je travaille en argentique. Donc après la tension, il y a la frustration. Ensuite, après quelques semaines, j’envoie l’image, via Facebook ou Snapchat. Si l’image est bonne, elle prend la place de la photo de profil précédente.

« Le moment de la prise de vue est une sorte de thérapie. Nous nous faisons face (avec le Rolleiflex, je n’ai rien devant le visage), et notre langage commun devient celui des corps, mutique. C’est le plaisir primaire de se tenir droit sur terre, vivant. » Yohanne Lamoulère, Photographe

 


Marie-Noëlle BOUTIN « Territoires de jeunesse »

Ils s’appellent Adrien, Paul, Philippe, Hugues, Baptiste, Hugo, Cyril, Samantha, Marion et Karine et sont originaires du Pas-de-Calais, issus pour la plupart, du milieu rural. Ils sont en Bac professionnel ou en formation d’apprentis au lycée agricole de Radinghem et espèrent travailler dans le secteur de l’agriculture en reprenant une ferme ou en devenant salarié agricole. Ils poursuivent leurs rêves d’enfant : s’occuper des animaux, conduire le tracteur et être en contact avec la nature, même s’ils connaissent la difficile réalité du métier aujourd’hui.
www.marienoelleboutin.com

Marie-Noëlle Boutin, Territoire de jeunesse, Cyril, Cnap 2017

 – YP! Magazine: Comment avez vous monté votre projet de série « Territoires de jeunesse » ?

M.-N. Boutin: Depuis 2009, je mène un projet sur l’adolescence, intitulé « Territoires de jeunesse », dont le but est de faire des portraits d’adolescents dans des contextes géographiques différents. J’ai réalisé ce projet en France, en Belgique et en Algérie. Je voulais voir s’il y avait des différences et/ou des ressemblances entre les jeunes.

« Comment le contexte, l’environnement des jeunes peut-il avoir un impact sur leur jeunesse ? C’est un projet qui questionne aussi la société puisqu’au fond les jeunes sont le reflet du monde dans lequel ils vivent. »

Lorsque l’appel à projet sur la Jeunesse en France est sorti, je me suis dit que j’allais pouvoir développer un nouveau volet de ce projet au long cours en m’intéressant cette fois-ci aux jeunes en milieu rural.

– Comment avez vous travaillé avec les jeunes?

M.-N. B: J’ai pris contact avec un lycée agricole situé dans un petit village du Pas-de-Calais à Radinghem. C’est un lycée qui accueille des jeunes de la région, issus pour la plupart du milieu agricole. Au sein du lycée, il y a une ferme avec des vaches, des moutons et des champs aux alentours. L’enseignement est à la fois théorique et pratique. J’ai donc suivi les jeunes dans leurs activités pratiques avec leurs professeurs sur la ferme. Je voulais les voir en situation et je me suis rendue compte que, dès qu’ils enfilaient leurs bottes et leur combinaison pour aller traire les vaches ou donner à manger aux moutons, je voyais l’étincelle briller au fond de leurs yeux : ils redevenaient des enfants heureux d’être à la ferme. J’ai réalisé que mon projet était là : montrer cette part d’enfance qu’il y a encore en eux car ils réalisent leur rêve d’enfant tout en endossant la responsabilité de leur futur métier.

– Que pensez-vous de la jeunesse en France et quel message souhaitez vous faire passer dans votre série?

M.-N. B: La jeunesse en France est très diverse et c’est important de montrer cette diversité. Concernant les jeunes en milieu rural – en l’occurrence ceux que j’ai photographiés car, là encore, il ne faut pas faire de généralités – je dirais que c’est une jeunesse peu visible, méconnue car très ancrée dans son territoire. Au lycée de Radinghem, les jeunes viennent des environs et ont généralement un lien direct avec le milieu agricole (un oncle, un grand-père, des parents agriculteurs). C’est encore une activité très familiale. Par ailleurs, il y a quelques grosses exploitations, mais on est principalement dans une agriculture traditionnelle de taille moyenne avec des vaches et des cultures. C’est un secteur qui est en crise et qui souffre beaucoup. Les jeunes le savent pourtant ils sont très attachés à leur milieu. En les photographiant, je voulais montrer cette relation forte qu’ils ont à la terre, à leur territoire.

– Qu’est ce que la photographie peut apporter aux jeunes?

M.-N. B.: Comme tous les jeunes que j’ai rencontrés pour mon projet, ceux de Radinghem ont accepté facilement de se faire photographier. Ils y sont habitués avec leur smartphone. Mais plus que ça, ils apprécient qu’on s’intéresse à eux, qu’on les regarde, qu’on passe du temps à discuter avec eux. A Radinghem, j’ai photographié une jeune fille, Marion, qui ressemble à un garçon. Elle a du mal avec son image, même si c’est une très jolie fille.

« Je lui ai dit que sa photo était affichée en grand au Ministère de la Culture et dans les gares. Elle en était très fière. J’espère que cette image aura changé le regard qu’elle a sur elle-même. J’espère aussi que le public aura un regard différent sur la jeunesse en milieu rural. »

– Que pensez vous de la situation de la photographie documentaire en France et en Belgique ? Qu’est ce qui pourrait être changé ?

M.-N. B.: La photographie documentaire est davantage prise en compte depuis plusieurs années en France. C’est peut-être dû à un mouvement d’opposition face au flux des images sur internet. La photographie documentaire est exigeante, elle requiert du temps, de la réflexion. On n’est pas dans l’instantanéité des images prises avec un smartphone. Faire des images autrement, c’est penser le monde autrement. C’est important de s’interroger sur la manière de faire des images aujourd’hui et surtout sur ce que l’on veut dire à travers le médium photographique.

« Concernant la photographie en Belgique, je trouve qu’elle est très dynamique. La France est trop fermée sur elle-même. Elle devrait regarder davantage vers les pays voisins pour voir ce qui s’y passe. »

– Est-ce que l’avenir et l’alternative pour les jeunes photographes sont la publication presse, l’exposition et la vente en ligne par les biais des nouvelles plateformes (comme Hans Lucas, Transit etc.) ?

M.-N. B.: Je n’ai pas vraiment de réponse sur le sujet. Le monde de la photographie est très disparate et il est difficile de donner un conseil. Chaque cas est particulier, mais une chose est sûre, les moyens de vivre uniquement de la photographie sont très limités. Si on envisage la photographie sous cet angle, c’est assez pessimiste.

« Moi, je préfère rester optimiste et me dire que l’important est de garder l’envie de faire des images et de s’exprimer à travers elles. » Marie-Noëlle Boutin, photographe

 


Géraldine Millo, Idaline, Donner le bain au nourrisson, CAP Petite Enfance, Mantes-la-Ville, Cnap 2017

Géraldine MILLO « Vestales »

Ce sont en grande majorité des filles. Elles ont entre 15 et 20 ans. Elles en ont fini avec l’école générale et se sont orientées vers les filières du soin ou du service. Nouvelles déesses du foyer, ces jeunes vont assumer les fonctions, souvent dévalorisées, qui relevaient autrefois du domestique : s’occuper des enfants, des anciens, du linge…
www.geraldinemillo.com

 

 

 

 

Gilles Coulon, Extime # 7 – Maxime, Cnap 2017

Gilles COULON « Extime »

La génération « Z » bien que décrite comme « silencieuse », s’exprime, partage, se dévoile. La profusion d’images réalisées et échangées par cette jeunesse sur les réseaux sociaux est un trésor iconographique qui nous parle sans filtre de son humeur, ses espoirs, ses amours, ses détresses. Grâce à la complicité de 7 jeunes de la région parisienne, « Extime » plonge dans ce fonds d’images et le restitue sous forme de portraits mosaïques, ouverts sur leurs rêves, leurs doutes et leurs préoccupations quotidiennes.
www.tendancefloue.net/gillescoulon/

 

 

 

 

Patrice Terraz

Patrice TERRAZ « Jeunesse tribale »

En Nouvelle Calédonie, les Kanaks, ou Mélanésiens, représentent environ 40 % de la population. Leur culture, profondément ancrée dans leur vie de tous les jours, bouleverse nos codes occidentaux et reste, malgré sa richesse, incroyablement méconnue. Ici, le mode de vie est collectif et la tribu passe avant l’individu. La plupart des jeunes revendiquent leur attachement à cette vie tribale.
www.terraz-photo.com

 

 

 

 

 

 

Myr Muraret

Myr MURATET « CityWalk »

C’est une étude photographique sur la jeunesse d’un territoire bouleversé depuis ces dernières années par des changements urbains et sociaux majeurs, comme les travaux du Grand projet de renouvellement urbain de Paris. Dans ces quartiers historiques et populaires du Nord de Paris, errent, un sac sur le dos, de jeunes réfugiés africains, afghans, roumains. Un peu perdus la journée, ils se serrent la nuit sur des cartons sous les ponts du nouveau tramway ou dans de discrets interstices de la ville.
www.myrmuratet.com

 

 

 

 

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