Au Centre d’art Image-Imatge à Orthez, Cécile Archambeaud est directrice depuis 2015. Elle nous parle de son expérience et de ses choix.

  1. YP! : Qu’est ce qui a vous a motivé à mener cette aventure ?

Après une formation en Histoire de l’Art et des expériences en art contemporain, j’ai postulé à Orthez. Cela m’intéressait de rendre visible la porosité entre les différentes disciplines. Il y a une envie d’explorer vraiment cette question de l’image dans son sens le plus large et de donner l’occasion de donner à de plus jeunes artistes encore peu connus de se faire connaître, qui se posent de véritables question de ce que c’est qu’une image aujourd’hui.

Delphine Chanet
There’s no place like home
, Exposition du 17 février au 13 mai 2017, Image-Imatge, Orthez (64)

« Il y a une envie d’explorer vraiment cette question de l’image dans son sens le plus large et de donner l’occasion à de plus jeunes artistes encore peu connus de se faire connaître, qui se posent de véritables question de ce que c’est qu’une image aujourd’hui. »

2 . YP ! Comment trouvez-vous et choisissez vous les artistes et les projets  pour vos expositions ?

Cela se construit par ses propres goûts, lors de visites d’expositions et d’ateliers. Il y a aussi une demande de certains artistes dont nous tenons compte.

Il y a donc le goût, les questions et les regards que les artistes posent sur notre monde. Une volonté aussi de vivre quelque chose avec les artistes : c’est pourquoi il y a 2 expositions monographiques et 1 exposition collective par an. L’exposition monographique ce sont des artistes que l’on veut soutenir et diffuser, et aussi des artistes que l’on veut accompagner, vivre quelque chose de particulier avec cet artiste, nous tous au sein de l’équipe constituée du régisseur et de la médiatrice culturelle Audrey. Le régisseur a un rôle très important dans l’attention portée aux artistes et à la manière dont ils vont pouvoir accrocher, présenter les œuvres, la scénographie qui sont tout aussi important pour rendre une œuvre visible.

Livre de G. Bonnel, Orthèse, 2017


Dans une programmation on pense aussi au rythme : comment casser les rythmes, changer d’univers pour que le public soit surpris et l’idée de rendre le public curieux. Entre l’exposition de Delphine Chanet qui était très graphique, très colorée et celle-ci « Face à l’aura » on passe d’un univers à un autre.

On ne propose pas systématiquement des catalogue d’expositions faute de budget. On le fait dès que l’on peut. On a un

livre qui va sortir bientôt qui est présenté à Arles, une édition qui a été sortie il y a plusieurs années. C’est un livre de l’artiste Guillaume Bonnel, installé au Pays Basque, qui travaille la question du paysage, aux éditions ARP2 à Bruxelles. Un livre c’est long, il faut chercher l’éditeur, les circuits de diffusion. On a le projet d’en faire un autour de l’exposition qui a eu lieu à l’automne dernier autour de Marion Recordon.

« Dans une programmation on pense aussi au rythme : comment casser les rythmes, changer d’univers pour que le public soit surpris et l’idée de rendre le public curieux. »

3. YP ! D’où proviennent vos fonds ? (financiers et vente d’œuvres)

Principalement des collectivités locales : la ville d’Orthez, le département, la région et la DRAC. Actuellement on entame une phase de réflexion pour le financement privé, car un financier s’est désengagé donc la situation du Centre d’art est assez inquiétante cette année. Le financement s’oriente vers du mécénat local (entreprises locales, penser des projets de partenariats, inviter des artistes dans des entreprises, créer une stratégie pour que ça arrive jusqu’au bout) et auprès de fondations.

Delphine Chanet There’s no place like home
Exposition du 17 février au 13 mai 2017, Orthez

« J’avais senti dans sa photographie quelque chose d’une certaine légerté, une vision romancée de la jeunesse, un travail assez généreux qui a de très belles qualités formelles et en même temps qui pose des vraies questions. »

4. YP ! Comment est né le projet avec Delphine Chanet, et avec les 7 artistes de la présente exposition « Face à l’aura – une méditation photographie « ?  

Delphine Chanet

Concernant Delphine Chanet j’ai découvert son travail à Arles en 2015. Elle était présentée à l’invitation de Claire Jacquet dans le cadre du Prix Découverte.

Inviter quelqu’un qu’on découvre encore, j’avais l’envie de la faire connaître, car elle a été peu exposée avant Arles.

C’est un travail qui m’avait séduite d’emblée, et d’ailleurs Delphine est très intuitive. J’avais senti dans sa photographie quelque chose d’une certaine légerté, une vision romancée de la jeunesse, un travail assez généreux qui a de très belles qualités formelles et en même temps qui pose des vraies questions. Elle vient du monde de la mode pour enfants. Elle joue avec ces codes de la mode, du graphisme et de la couleur et elle s’en sert pour créer une image assez juste et qui en même temps pose de vraies question photographiques.

Elle parle beaucoup de l’adolescence. Ce qui est intéressant c’est qu’il y a la fois de la légerté et quelque chose d’un peu inquiétant, qui rejoint l’ambivalence de la photographie : est-ce que la photographie montre toujours ce qu’elle veut montrer ? Derrière l’image il y a toujours un en-dehors de l’image et son travail en parle assez bien ; ce que l’on voit et ce que ça suscite, ce que ça génère chez le regardeur. On l’a très bien vu dans la réception du travail : certaines personnes ont été dérangées, l’on trouvé trop érotique, d’autres y on vu du soleil et de la lumière, d’autres des choses plus sombres, ce travail permet différents types de lecture.

YP ! Magazine publie aussi ce mois de septembre un Porfolio et une Interview de Delphine Chanet.

« Ce qui est intéressant c’est qu’il y a la fois de la légerté et quelque chose d’un peu inquiétant, qui rejoint l’ambivalence de la photographie : est-ce que la photographie montre toujours ce qu’elle veut montrer ? »

Pour l’exposition « Face à l’aura, une méditation photographique » , il y a trois commissaires d’exposition et sept artistes exposés : Eléonore False, Collectif Ritual Inhabitual – Florencia Grisanti et Tito Gonzales Garcia, Thomas Hauser, Aurélie Pétrel I Vincent Roumagnac(duo), Pia Rondé et Fabien Saleil.
Commissaires : Léa Bismuth, Valeria Escougnou-Cetraro et Edouard Escougnou-Cetraro (Laboratoire Deriva).

Ils sont partis de la « Petite Histoire de la Photographie » de Walter Benjamin. Il y a eu plusieurs étapes, ce sont que des jeunes artistes qui ont tous participé ouvertement et qui sont venus travailler ici ensemble à Orthez. Le but n’était pas de répondre à Walter Benjamin à savoir si avec la photographie il y a une perte de l’aura, mais plutôt de faire un choix d’œuvres et d’artistes qui interroge la matérialité de l’image, son processus de fabrication ? Et du coup cette question de l’aura qui est toujours au centre finalement dans chacune de ces œuvres. Il y a, à contrario de la photographie qui serait reproductible à l’infini, quelque chose d’extrêmement singulier que l’on ne pourrait pas reproduire. Ils utilisent des procédés d’image unique comme le procédé au collodion. Thomas Hauser et le duo Pierre Rondé sont des œuvres qui nécessite un temps long de réalisation et c’est assez juste quand on parle de la matérialité de l’aura.

7. YP ! Pourquoi avoir choisi le pari de soutenir de jeunes artistes émergents ? Quels sont les enjeux et les défis à relever ?

Il faut se méfier du mot « émergent ». Évidemment en tant que centre d’art il s’agit de soutenir ce qui se fait aujourd’hui, donc de rendre visible le travail d’artistes d’aujourd’hui, de se confronter à l’accrochage de leur travail, parce que l’exposition est un moment clé dans un parcours d’artiste. Ce sont nos missions, Centre d’art, de soutenir ces jeunes artistes. Pour les artistes plus connus, ce sont les musées et la galeries qui s’en chargent. Ici nous pouvons donner à un jeune artiste la possibilité de la recherche, c’est important parce que c’est rare. C’est ce que je disais quand j’évoquais l’exposition monographique en Centre d’art : c’est l’occasion de leur donner à penser de manière plus globale sur leur/un travail, d’expérimenter des choses, je pense que les artistes en ont besoin, de donner à penser, c’est un moment charnière dans la vie d’un artiste.
Les défis à relever c’est l’idée d’arriver à passer au public. De faire ce rôle d’intermédiaire au public. L’enjeu de nos lieux est d’arriver à partager avec les publics et de leur montrer qu’on est là pour ça, d’adapter les discours selon les publics, pour les accompagner, pour transmettre.

Delphine Chanet
There’s no place like home
Exposition du 17 février au 13 mai 2017, Orthez (64)

« C’est ce que je disais quand j’évoquais l’exposition monographique en Centre d’art : c’est l’occasion de leur donner à penser de manière plus globale sur leur/un travail, d’expérimenter des choses, je pense que les artistes en ont besoin, de donner à penser, c’est un moment charnière dans la vie d’un artiste. « 

8. YP ! – La photographie émergente a-t-elle évolué, et est-elle mieux soutenue et « reconnue » aujourd’hui en France et dans le monde, au vue de votre expérience ?

Ce n’est pas une question facile. Je ne sais pas parce qu’à la fois elle est reconnue et à la fois avec toute la révolution numérique, finalement, est-ce que la photographie est plus reconnue que les autres arts ? Est-ce qu’il faut se poser cette question ? Ce serait davantage est-ce que l’art a encore une place dans nos vies, nos villes, sur nos territoires ? Est-ce que les politiques sont encore convaincus que c’est indispensable ? Ce sont plus ces questions là que je me pose pour les Centres d’art, qui sont dans des lieux retirés, afin qu’ils ne meurent pas. Nous n’avons pas non plus assez de visibilité au sein de la ville dans l’espace public car cela représente aussi un budget pour la ville dont on manque cruellement (afficher les affiches en grand format, etc.)

9. YP ! – Que pensez vous du rôle et de l’impact d’Internet et des réseaux sociaux pour communiquer, faire connaître vos actions et les artistes ? Des usages qu’en font aussi les artistes ?

Internet a un rôle très important, que ce soit Facebook, Twitter, on n’est pas encore sur Instagram, mais je pense que c’est un site essentiel aussi aujourd’hui. C’est primordial et il faut s’adapter à l’importance de ces réseaux. Ils permettent aussi de faire connaître le lieu hors distances, on peut se faire connaître à l’autre bout du monde, c’est formidable. Après il faut savoir s’en servir, développer des stratégies de communication, pour que les fruits de ce travail soit visible. Cela demande aussi beaucoup de temps. Nous en terme de communication on est petit et c’est là que le bas blesse. On est que deux personnes, donc on ne peut pas faire autant qu’on le souhaiterai.

Quant aux artistes, je ne peux pas dire que j’ai déjà fait des découvertes. Ça permet de se tenir au courant, mais je ne sais pas si ça permet de véritablement faire connaître le travail des artistes. C’est une étape. Je ne suis peut être pas suffisamment adepte de ces outils pour répondre concernant les artistes.

« C’est primordial et il faut s’adapter à l’importance de ces réseaux. Ils permettent aussi de faire connaître le lieu hors distances, on peut se faire connaître à l’autre bout du monde, c’est formidable. »

Liens:

Centre d’art Imagte-Image

Portfolio #09 et Interview de Delphine Chanet, Paradis perdu