On connait ses images sur Mars et sa brebis sur une route la nuit, l’homme est la mesure de ses paysages grandioses, de sa petitesse dans les immensités et dans la nuit. On a voulu revenir sur le parcours de Julien Mauve, jeune photographe parisien, à l’univers en apesanteur qui nous fait décoller du réel

 

YP!:  Pourquoi faites vous de la photographie et depuis quand ?

Julien Mauve: La photographie est pour moi un moyen d’expression artistique et de partage d’expériences. Je veux raconter des histoires avec les images et les faire dialoguer entre elles.

Après quelques tentatives lorsque j’étais plus jeune, j’ai mis la photographie de côté pour me consacrer à la musique pendant une quinzaine d’année avant d’y revenir de manière plus approfondie depuis 6 ans.

YP!:  Quels sont vos thèmes ou sujets de prédilection ?

J. M.: Les questions existentielles sur l’origine et l’avenir de l’homme, les menaces de toutes sortes (écologiques et technologiques), l’usage des nouvelles technologies, sont autant de thèmes que j’aborde dans mes différents projets. Je suis passionné d’astrophysique et je trouve ces questions aussi passionnantes qu’inquiétantes. Mes travaux sont proches de fictions au sens cinématographique du terme. Je prends des images du réel que je détourne de leur sens initiale pour raconter une histoire.

JulienMauve-GreetingsFromMars-15

 

YP! : Qu’est-ce qu’une bonne photographie ? que cherchez  vous dans une photographie ?

J. M.: La définition varie d’une personne à l’autre. Pour moi une bonne photographie est une image qui déclenche une émotion. Toutefois, il est rare que je m’attarde sur une seule image, j’ai plutôt tendance à considérer un projet photographique dans son ensemble, les images isolées (celles que l’ont trouve sur des sites comme Flickr ou 500px) m’intéressent généralement assez peu.

 

YP! : Quelles sont vos influences/ références (photo, cinéma, littérature etc.) et que retenez vous de votre formation ?

J. M.: Mes influences sont très variées. Cela englobe les livres, les bandes dessinés, les jeux vidéos, le cinéma, la peinture. J’essaye de sortir un peu du champ photographique pour enrichir ma pratique. Je n’ai pas eu de formation photographique à proprement parler, je suis autodidacte. Dans mes premiers pas à la découverte du médium j’ai été intéressé par le travail de Gregory Crewdson (pour la mise en scène), Joel Sternfeld (pour l’errance et l’exploration) et Duane Michals (pour la narration). Ce sont aujourd’hui 3 composantes essentielles de mon travail.

En ce moment mon photographe préféré est Hubble, je relis Jules Verne, je (re)découvre Chris Marker et je dévore les jeux vidéo de Jonathan Blow.

YP!: Qu’est-ce que peut la photographie aujourd’hui ? Que voulez-vous apporter à la photographie, à l’art, au monde ?

J. M. : Aujourd’hui la photographie s’échange quotidiennement sur nos téléphones portables pour communiquer des émotions, elle devient un élément de langage à part entière. Dans le flot quotidien d’images, j’essaye modestement de proposer des séries qui racontent des histoires et immergent le spectateur dans un univers de fiction qui l’amènera à se poser des questions sur le monde d’aujourd’hui et celui de demain.

Julien Mauve Headland of Dream

YP! :  Quelle cameras utilisez vous ? Relfex, smartphone, chambre noire, polaroid ? Laquelle préférez vous et pourquoi ?

J. M. : J’utilise les boitiers haut de gamme de la marque Sony pour la réalisation de mes projets (en ce moment un A7R2). J’y suis attaché pour le peu d’encombrement de ces appareils (je me déplace beaucoup) et la qualité des capteurs, qui me permettent de réaliser de grands tirages, ce qui est important lorsque, comme moi, la finalité est le tirage.

L’appareil photo de mon smartphone est à usage quotidien pour des souvenirs, des messages ou des brouillons d’idées que je pourrais réutiliser par la suite.

YP! : Comment est considérée la photographie contemporaine dans votre pays ? Qu’est ce que vous aimeriez faire pour améliorer la situation de l’art et de la photographie ? 

J. M.: La France est le berceau de la photographie, des évènements de prestige s’y déroulent chaque année (Paris Photo et les Rencontres d’Arles en sont les deux principaux). De nombreux festivals sont organisés un peu partout. Sans compter les nombreux vernissages lorsque l’on habite à Paris. Ce sont autant d’occasions de découvrir, d’échanger, de se rencontrer et de discuter. C’est une réelle chance de pouvoir pratiquer la photographie dans ce pays.

YP! :  Quels sont les réseaux qui fonctionnent bien selon vous : les galeries, les musées, les foires, les festivals ?

J. M.: Tous les réseaux que vous citez sont interdépendants et interagissent entre eux. Je dirais que les festivals permettent aux galeries de découvrir des photographes qu’elles pourront ensuite présenter et vendre en foire. Les foires assurent un revenu qui permet au photographe de poursuivre son travail. A terme, selon l’évolution de l’oeuvre de l’artiste, les musées se porteront acquéreurs. Les galeries ont un rôle essentiel dans le soutien qu’elles apportent aux artistes qu’elles découvrent et défendent.

 

YP! : Que pensez vous des réseaux sociaux, plateformes et revues en ligne ? Ces nouveaux réseaux vous aident-ils à vous faire connaître ? 

J. M.: Les réseaux sociaux ont évidemment apportés une visibilité considérable à la portée de tous. Le revers de la médaille et que cette facilité d’accès entraîne un bruit qui noie les travaux intéressants dans une masse. D’ou l’importance fondamentale des revues curatrices comme Fisheye ou Our Age Is Thirteen (malheureusement arrêté depuis quelques mois) pour n’en citer que quelques un. 

Aujourd’hui, Instagram semble se démarquer distinctement comme prescripteur de photographie et devient presque plus important qu’un site Internet pour les photographes professionnels. Ce qui est étonnant d’un manière générale sur Instagram, c’est de voir à quel point la photo est utilisée de manière toujours plus qualitative par les créateurs de toutes sortes (de la blogueuse mode au pâtissier).

 

YP!:  Que pensez vous de la place des photographes émergents et des femmes photographes dans votre pays et dans le monde ? Qu’elles sont vos difficultés ? Qu’est ce que vous aimeriez changer si vous le pouviez ?

J. M.: Je pense que les photographes émergents ont de nombreuses opportunités, particulièrement en France au travers des différents prix et festivals. Leur nombre limite la visibilité mais permet de se confronter à des professionnels ce qui est indispensable pour comprendre le fonctionnement du monde de la photo. J’en ai moi même bénéficié à plusieurs reprises que ce soit en France (prix SFR Jeunes Talents, qui n’existe malheureusement plus) ou à l’étranger (Sony World Photography Award). La photographie est un art populaire lorsqu’il s’agit de montrer mais un art de niche lorsqu’il s’agit de vendre (je pense aux livres photos notamment). J’adore les livres (de la production à la consultation), leurs nombres est chaque année plus important mais c’est malheureusement un marché minuscule qui ne touche quasiment que les photographes eux-même. Les perspectives de rentabilité sont minces. Cela reste pourtant à mes yeux le meilleur moyen de raconter une histoire.

Julien Mauve, Greeting from Mars

YP!: Quels sont vos prochains projets ?

J. M.: Je suis actuellement au Japon pour la troisième fois en 1 an et demi.

Je raconte la découverte photographique d’une île imaginaire ou l’humain semble absent, à l’exception de constructions énigmatiques. Ces éléments fonctionnent comme des indices qui permettent d’identifier la civilisation ayant vécu sur cette île ainsi que les raisons de sa potentielles disparition.

 

YP! : Quelle est ta devise ?

J. M.: En ce moment le Yen du coup. Je repasse à l’Euro d’ici quelques jours et pour un petit moment malheureusement.

www.julienmauve.com/

https://www.behance.net/julienmauve

Galerie Intervalle, Paris