Jeune photographe française membre de Hans Lucas, Lola Reboud travaille entre le documentaire et la fiction sur les relations qu’entretient l’homme avec son milieu. Elle vient de publier un livre de sa série Les Climats II Japon publié dans YP! Mag Portfolio #11, qu’elle expose aux Rencontres photo du 10e arrondissement à Paris jusqu’au 18 novembre à l’Agence Naja et qu’elle signera à OFFPrint pendant Paris Photo sur le stand des Éditions Poursuite. Voici la genèse et la mise en œuvre de ce projet expliqué dans cette interview.

 

Lola Reboud, Our mountains fig.2 (sismometer), april 2013

YP!: Votre travail repose beaucoup sur une réflexion sur la géographie et les climats, pourquoi ce choix et quelle est votre démarche (entre fiction et documentaire)? 

Lola Reboud: En 2007, j’ai habité un moment chez Kolbrun Hallosdottir qui était alors ministre de l’environnement du gouvernement islandais. Elle m’a dit un jour: « les Islandais ne disent pas comment ils vont, ils parlent du temps qu’il fait ». C’est cette relation ténue que je mets en œuvre dans mon travail, celle que nous avons avec le territoire avec lequel nous cohabitons. Le philosophe japonais Watsuji Tetsurô m’a beaucoup inspirée. Il parle de cette relation particulière entre l’homme et son milieu, dans son livre Fûdo, le milieu humain.  Kolbrun m’a montré son île avec son point de vue, tourné vers une conscience de l’environnement. ça a imprégné mon regard photographique.

Aujourd’hui si je trouve mes images dans la réalité, il y a aussi un temps de recherches en amont et des collaborations avec des géographes, des volcanologues  (au Japon) ou encore des océanographes (à bord de l’expédition Tara). Ils orientent mon regard, le documentent, de part leurs connaissances du territoire. Pour autant, mes photographies ne se réfèrent pas à une imagerie scientifique.

YP!: Comment est né le projet de cette série Climat II Japon, après Climat I en Islande ? Comment a-t-elle été réalisée? 

L. R.: Une rencontre ! avec Ariko Inaoka, qui est aussi photographe. Nous étions en Islande et elle me décrivait les traits communs entre l’Islande et le Japon : les volcans, la géothermie, la pratique des sources d’eau chaudes, la relation ténue entre les japonais comme celle des Islandais avec leurs îles. Elle m’a invitée dans sa famille à Kyoto en 2010. L’occasion de confirmer mon intuition.  J’ai commencé à écrire un projet puis entre temps je suis partie à Tanger travailler avec Yto Barrada, et… il y a eu Fukushima. Je n’ai pas pu envisager le projet initial de la même façon.  Quand j’y suis retournée en 2013, j’ai initié un échange avec des volcanologues qui à leur tour, m’ont racontée leur paysage. J’y ai séjourné 3 mois grâce à la bourse du CNAP pour la photographie documentaire. Le format circulaire est arrivé après les prises de vue, de manière naturelle, de par mon vécu sur place.

Lola Reboud, Untitled, (Japanese sea) october 2013

YP!: Avec les récents tremblements de terre à Fukushima, au Mexique et les ouragans comme Irma qui a touché plusieurs îles des Caraïbes, votre série se situe t’elle dans la veine documentaire environnementale pour sensibiliser et prévenir ou propose t-elle plutôt des haïkus (poèmes japonais) photographiques sur la petitesse de l’homme face à la puissance des éléments naturels ?  

L. R.: Sensibiliser oui, les problématiques environnementales sont sous-jacentes. Pour autant mon approche photographique est plus « impressionniste » qu’illustrative des catastrophes climatiques et leurs conséquences.

Comment vit on en lien avec notre milieu ? Il s’agit aussi de façonner au quotidien un équilibre entre l’usage de nos ressources et la technologie dont on dispose.

Mes photographies agissent de manière indicielle. Leurs titres (légendes) informent à chaque fois sur ce que nous regardons. Les lieux où je me suis rendue avaient étés choisis en amont. Par exemple le volcan Sakurajima est l’un des plus actifs du monde, Beppu est une ville où la géothermie, énergie renouvelable, y est omniprésente et fait totalement partie du paysage de cette ville. Elle le dessine.

Plutôt que nous placer dans une petitesse face à la puissance de la nature qui entrerait dans le champ du Sublime en art, je préfère « milieu Humain » ou écoumène pour reprendre le terme d’Augustin Berque. Il s’agit de cohabiter. Les Japonais ont une conscience de l’éphémère de l’existence de chaque chose, ils l’écrivent, le dessinent, le vivent au quotidien. Le texte que Mariko Takeuchi a écrit en préface du livre exprime avec justesse la relation des japonais avec leur île, soumise aux tremblements de terre presque quotidiens, aux typhons et aux saisons plus marqués que chez nous. Dans la construction d’un haiku, c’est très concis et la notion de saison doit apparaître. Dans la même idée, le livre est lui composé de moins de vingt images, c’est bref et la notion de cycle des saisons y est aussi présente.

Lola Reboud, Untiteld , april 2013

YP!: Comment est née l’idée du livre publié aux Editions Poursuite?

C’est à nouveau une rencontre avec Benjamin Diguerher, qui a fondé la maison d’édition en 2013. Il suivait mon travail et j’aimais sa ligne éditoriale qui laisse une grande part aux photographies, avec une très belle qualité de choix des papiers et de l’impression. Il avait publié les livres  Paris 88/89 de Daido Moriyama et  surtout Contacts de Toshio Shibata. Nous avons tout de suite été d’accord, notamment sur le choix des images, son nombre restreint qui fonctionne tels  des haikus, et sur l’édition limité qui contient un tirage sur lequel est posé de la feuille d’or. C’est une vraie collaboration !

 

 

« Sensibiliser oui, les problématiques environnementales sont sous-jacentes. Pour autant mon approche photographique est plus « impressionniste » qu’illustrative des catastrophes climatiques et leurs conséquences.

Comment vit on en lien avec notre milieu ? Il s’agit aussi de façonner au quotidien un équilibre entre l’usage de nos ressources et la technologie dont on dispose. »

 

YP!: Que représente pour vous le support livre? 

Les Climats II (Japon) a été pensé, imaginée et conçu pour être avant tout un livre. Il y a toute une tradition de l’édition photo au Japon, avant celle de l’exposition, je voulais absolument un livre pour ce projet. C’est un support qui, plus que l’exposition, et de même qu’internet permet une large circulation des photographies, mais surtout la matérialisation des images sur un support fixe et stable : les couleurs, la taille des photographies ne varieront pas comme elles le pourraient à l’écran. Et puis c’est simple : j’aime les livres et j’aime les histoires ! Je voulais en raconter une et j’espère en faire d’autres.

Lola Reboud, Our mountains fig.3 (sismometer), avril2013

 

YP!: Cette série est-elle amenée à être encore exposée? 

Les deux séries, Les  Climats I et II sont exposées en ce moment à Paris dans le cadre des rencontres Photo du 10ème,  jusqu’au 18 novembre. C’est la première fois que les deux étapes de ce projet sont mises en regard.  Le livre sera aussi présent à OFFPrint pendant ParisPhoto.  Aussi je commence aussi une nouvelle étape du projet, sur une autre île qui m’est familière cette fois.

Voir son Portfolio #11 ici

ONGOING // UPCOMING

EXHIBITIONS
ON AIME L’ART.. ! 350 oeuvres de la collection agnes b. 
Collection Yvon Lambert en Avignon – Fr
06th of july – 05th of november 2017

RENCONTRES PHOTOGRAPHIQUES DU 10em

Lola Reboud, Beppu (géothermy fig.1), march 2013


Agence Naja
15, rue Bouchardon 75010 Paris
19th of october – 18th of november
Opening : 19th of october
http://rencontresphotoparis10.fr/evenements/

PUBLICATIONS
Les Climats II (Japon )
Book published with Poursuite Editions.
Signature @ ParisPhotos / OffPrint fair

La Jeunesse en France 
Book published with Le Bec en l’air éditions

ARTIST in RESIDENCE
@Pierrefitte-sur-Seine (fr)