Léonard Bourgois-Beaulieu, Paris, France : Poétique de la jeunesse au Polaroid

site web : www.leonardbb.com/

Léonard a d’abord été comédien puis réalisateur, avant de choisir la photographie comme art privilégié. Il nous explique pourquoi dans son interview. Avec ses portraits, il s’intéresse à la place de la jeunesse dans la société actuelle. Il utilise le Polaroid, images uniques, s’inscrivant dans la lignée d’Andy Warhol, le roi du Pola et s’opposant au flux incessant des images postées sur les réseaux sociaux, comme Instagram. C’est une invitation à prendre le temps, de regarder les êtres, de se poser, de privilégier la qualité et la profondeur à la quantité et à la superficialité, et surtout de sortir des clichés.

– Pourquoi faites vous de la photographie ?

Je n’ai pas choisi la photographie. J’ai d’abord été comédien puis réalisateur et créer des images théâtrales ou vidéo était déjà la. L’images me permettait  d’illustrer mes idées, mon imagination. En faisant des films et des vidéos fin des années 90 et début 2000 (j’avais 17 ans) je refaisais des prises souvent à cause de l’image qui ne me convenait pas. J’avais aussi besoin de figer la vidéo et c’est ainsi que j’ai pris des photos en plus de réaliser. C’était un tout autre langage qui me rendait plus libre que de tourner. Ce langage était celui de l’intime d’abord puis s’est ajouté la recherche plastique puisque je transforme mes polaroids avec des produits chimiques. La photographie, en plus d’être un instantané, prolonge cet état lorsqu’on la regarde et qu’on se concentre sur elle; nous recréons le moment photographié en tentant de le lire. Les photos déclenchent des sensations évidemment, j’aime déchiffrer et passer du temps à regarder les différentes couches d’une photographie.

– Quels sont vos thèmes ou sujets de prédilection ?

L. Bourgois-Beaulieu, série Chambre

J’ai toujours été curieux des comportements que nous choisissons face à telle ou telle situation pour créer du signifiant. Ce signifiant est souvent social et suit des règles que nous nous imposons et qui sont différentes selon le moment, le lieu et l’interlocuteur. Ces règles sont un ensemble de gestes et de tics de langage, des aspects inaperçus et pourtant essentiels de nos vies sociales. Ce sont des rites que nous observons et accomplissons. De cela découle pour moi plusieurs sujets plus ou moins liés entre eux comme les sexualités humaines, la transformation corporelle ou le choix de modèles à suivre dans notre quête d’identité.

« La photographie, en plus d’être un instantané, prolonge cet état lorsqu’on regarde et qu’on se concentre sur elle; nous recréons le moment photographié en tentant de le lire. »

– Qu’est-ce qu’une photographie, que cherchez  vous dans une photographie ?

Pour moi une photographie est un arrêt sur image permettant l’étude d’un moment vécu. Cet arrêt sur image crée un sentiment et une sensation différents selon le spectateur. J’aime découvrir ce que le photographe montre et une photo qui me plait va irrémédiablement pousser une étude de ses différentes couches (sujet, technique, cadrage etc) comme un cryptographe qui doit trouver le langage caché.

Il doit y avoir plusieurs étapes, être touché est la base de la découverte d’une image/photo. Le fait d’aborder une image dans une exposition est différent d’ouvrir un livre de photos dont on ne voit pas la couverture par exemple. L’attente ne me semble pas être la même. Dans l’exposition on passe d’une image à l’autre en attendant d’être touché, interpelé mais en ouvrant un livre on peut tomber sur une photo inattendue la surprise

– Quelle cameras utilisez vous ? Reflex, smartphone, chambre noire, polaroid ? Laquelle préférez vous  et pourquoi ?

J’ai toujours utilisé l’appareil photo comme un outils selon la situation. Il se trouve que j’utilise une chambre photo 4/5 et des polaroïds depuis 6 ans pour ensuite les transformer avec des produits chimiques. Il y a aussi une étape numérique de reconstruction. Je ne suis pas un nostalgique de vieux procédés, j’utilise des outils de création. Je travaille avec des appareils Canon récents pour certaines photos et j’ai reçu le prix du public au festival Pocket Films à Beaubourg en 2006 pour la réalisation d’un film entièrement tourné avec un téléphone portable.

Il y a une légère forme d’attachement à certains appareils que j’ai depuis des années mais elle ne prend pas le pas sur le moyen d’arriver à une photo que l’on garde.

« Pour moi une photographie est un arrêt sur image permettant l’étude d’un moment vécu. »

– Comment choisissez vous vos modèles ? Qui sont-ils et pourquoi ce choix ?

L. Bourgois-Beaulieu

Ce sont les rencontres que je fais qui définissent la quasi totalité des personnes que je prends en photo. La série « à la chambre » a commencé il y a des années en prenant en photo un ami. J’ai réalisé que j’avais envie de prendre en photo les visages des personnes qui ne voulaient pas être définis facilement par un vocabulaire hétéronormatif. Beaucoup de personnes aujourd’hui ne se reconnaissent pas dans les deux extrêmes du genre que sont femme et homme. Je ne passe pas d’annonce car j’aurais l’impression de stigmatiser certaines personnes. Je rencontre les gens dans toutes sortes de lieux pour ne pas non plus faire le portrait d’une communauté. J’ajouterai ici une chose importante, beaucoup de ces personnes sont trop souvent montrées après des opérations de transitions pour souligner la différences par le corps et non pas par la personnalité, j’ai l’impression qu’on cherche à montrer des « freaks » et ce voyeurisme me gêne profondément.

– Comment est prise en compte/considérée la photographie contemporaine dans votre pays ? Qu’est ce que vous aimeriez faire pour améliorer la situation de l’art et de la photographie ? 

Vivant en France, la photographie contemporaine est très présente et vivante. Je crée à ma façon sans sentir de pression. Vouloir améliorer la situation voudrait dire que je ne me sens pas bien ou que je ne suis pas content de quelque chose, ce qu’on cherche à améliorer c’est le dialogue que l’on a avec son propre travail sans prendre en compte les attentes extérieures comme celles d’un marché de l’art par exemple. 

« Beaucoup de personnes aujourd’hui ne se reconnaissent pas dans les deux extrêmes du genre que sont femme et homme. »

– Quels sont les réseaux qui fonctionnent bien selon vous : les galeries, les musées, les foires, les festivals ? Que pensez vous des réseaux sociaux, plateformes et revues en ligne ? Ces nouveaux réseaux vous aident-ils à vous faire connaître ? 

C’est une grande question car les réseaux en France sont congestionnés. On ne rencontre pas aisément les bonnes personnes à n’importe quelle occasion. C’est Paris-Photo qui m’a le plus permis de rencontrer des gens pour parler de mon travail. Les réseaux sociaux ont permis à des journalistes de me trouver aussi. Je pense que les revues, les réseaux sociaux permettent plus de liberté mais on observe aussi l’effet d’instantaneité, de mode éphémère dans la publication constante de contenu. On me reproche souvent de ne pas poster assez de photos sur mon instagram ! On avale des kilos de photographies sur les réseaux que l’on digère mal, on a plus le temps de l’attention à l’image, le désir de reconnaissance immédiate pourrait grandement prendre le pas sur l’accomplissement, la sensation de voir une image qui nous atteint profondément. C’est un parallèle amusant pour moi qui photographie la plus grande part de mon temps avec des polaroïds, l’instantané fascine mais il doit y avoir un aboutissement de travail. 

L. Bourgois-Beaulieu, Googelize

– Que pensez vous de la place des photographes émergents et des femmes photographes dans votre pays et dans le monde ? Qu’est ce que vous aimeriez changer si vous le pouviez ?

Je suis personnellement entouré de beaucoup de photographes Européennes avec qui j’aime travailler et échanger. Il y énormément de photographes talentueuses et intelligentes. Les galeries qui m’exposent sont tenues par des femmes mais évidemment la place des femmes est remise en question constamment et cela m’ennuie profondément. Je suis très engagé contre la misogynie qui règne un peu partout. Avec mes photos je parle de ces inégalités en confrontant les valeurs que l’on nous impose dans les représentations et les libertés qui devraient remplacer certaines idées datant de la préhistoire.

« On me reproche souvent de ne pas poster assez de photos sur mon Instagram! On avale des kilos de photographies sur les réseaux que l’on digère mal, on n’a plus le temps de l’attention à l’image, le désir de reconnaissance immédiate pourrait grandement prendre le pas sur l’accomplissement, la sensation de voir une image qui  nous atteint profondément. »

– Quels sont vos prochains projets ?

Chronologiquement je participe à la Revue Innocente de Editions Chardon en avril pour aborder le sujet du « rite de l’absence ». Je suis en train de finir mon second livre qui contient mes principaux travaux. Je serai dans la revue Ikoness prochainement. La série à la chambre est un work in progress. J’écris un scénario sur les rapports détachés que nos machines nous forcent à entretenir entre êtres vivants, entre nous. C’est une fiction qui traite de notre incapacité à nous dépasser en temps que civilisations.

L. Bourgois-Beaulieu

– Quelle est ta devise ?

Les citations sont bien trop agréées quand elles ne sont pas juste jolies, elles veulent donner un sens que l’on croit bien trop acquis et que tout le monde répète comme des vérités universelles. Je suis en plus très mauvais en « quotes » !

 

 

 

 

 

 

 

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EXPOSITIONS

  • SPRING/BREAK art show 2016 (New York City, Armory week)
  • Expolaroïd Montélimard (2015)
  • Creative Gallery au Palais de Tokyo
  • Noirs Miroirs (nouveaux tirages) REC galerie mars 2012
  • Parcours Paris je t’aime (solo) février 2012
  • Noirs Miroirs (Galerie Hubert Karaly) novembre 2011
  • A young french photography (nyc, galerie agnès b.)8
  • Paris Photo 2016
  • Paris Photo 2015
  • Paris Photo 2014
  • Paris Photo 2013
  • Paris Photo 2012
  • Paris Photo 2011
  • Paris Photo 2010
  • Paris photo 2009